Le réveil de la belle :

A Nantes, ce qui frappe en premier lieu, c’est cette apparente tranquillité, ce calme, cette langueur, qui lui confèrent aujourd’hui encore cette trompeuse apparence de Belle Endormie. Parce qu’en dessous, un bouillonnement trépidant se dévoile sous nos yeux ébahis. Artistes, politiques et nantais semblent se fédérer avec une vitalité impressionnante autour de la culture. Ce qui frappe, c’est leur capacité à mener un travail ambitieux et engagé. C’est leur capacité à délaisser leurs intérêts propres et leur égo au profit d’un projet commun et généreux. Et cela marche ! Cette culture au cœur de la ville, au cœur de la citoyenneté paraît toucher un nombre grandissant de personnes. Elle s’immisce entre toutes les pierres, glisse sur le fleuve et envahit les méandres de Nantes. Elle se propage comme une épidémie.

Ici, la pensée unique n’existe pas, tout s’invente et se réinvente en collectif. Une hybridation inédite entres les artistes, la population et les politiques ouvre le champ des possibles, la liberté d’action parait immense. Les rapports se construisent sans hiérarchie ; une voix, un homme, ou bien plus souvent : une femme… Les projets artistiques se bâtissent dans l’exercice de la démocratie. La concurrence semble être absente des relations entre acteurs culturels, chacun est stimulé par les autres, chaque pierre concoure à l’édifice commun. Tout est essentiel. Nantes n’est plus la victime de son héritage industriel délabré et sinistré. Elle est façonnée par son patrimoine, elle est maîtresse de son destin. Elle n’a pas l’orgueil de dessiner une trame à suivre, ou de s’alourdir de médailles, elle fait confiance à cette énergie créative qui grouille et se diffuse pour la faire vivre.

Nantes a choisi ne pas être la vitrine d’équipements somptueux, historiquement dédiés à la culture bourgeoise. Elle a bâti son identité culturelle autour de ce qui l’a forgée, de ce qui appartient à son histoire collective et populaire, de ce qui a engendré la fierté ou le dégoût. Ainsi l’action culturelle fait sens, elle a le pouvoir de résonner en chacun. Ici pas de fioritures, le fond, les processus de création, le partage, la réflexion et le renouvellement importent plus que la forme et le protocole. Avec un budget dans la moyenne, Nantes épate et vient conforter Aurélie Filippetti lorsqu’elle déclame : « Disons qu’il faut passer d’un ministère prestigieux mais modeste, à un ministère humble mais efficace »1.

1Aurélie Filippetti, Mouvement janvier-février 2013

 Inès Modolo


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s